mardi 10 novembre 2009

Un peu de fatigue

Mise en situation.

Je faisais la fête dans un énorme building désaffecté du Mile End, près de Beaubien et Van Horne. Une ancienne usine, au niveau du sous-sol, dont les murs et le plancher étaient fait de béton armé. Et dans ce gigantesque espace, quelque chose comme trois-cent personnes s'étaient massées pour fêter le lancement d'un groupe indépendant, les Flyings truc machin, quelque chose du genre. Un band de ska. J'adoooore le ska. Je danse le ska mieux que Manon.

En fait, je danse le ska comme un déchaîné. Une copine à moi m'a déjà fait le compliment suivant: "Tu danses comme Jamiroquai". Avant d'enchaîner avec: "Ça te donne l'air d'un maudit crosseur."

Fine. Je vis avec.

Alors voilà. Comme chaque fois que je danse comme ça, les filles m'approchent pour danser de manière sexy, puis se rétractent après cinq minutes. Théorie de la même bonne amie: "Les filles sont attirées par les crosseurs, mais rapidement, elles ne leur font plus confiance."

Fine. Ça aussi, je vis avec.

Alors voilà, j'ai flirté avec quatre filles différentes sans jamais qu'il ne se produise quoi que ce soit de concret. Mais j'aime flirter. Alors ça va, je ne suis pas trop frustré. Ça flatte l'égo.

Sauf qu'en quittant le lancement des Flyings kossins, une femme m'a demandé une cigarette. Un beau brin de fille, courte sur pattes mais forte en poitrine, avec de longs cheveux blonds presque blancs et surtout, un sourire d'ange. Une femme sympa, du peu que je lui ai parlé. Et surtout, une femme qui ne m'a pas vu danser comme Jamiroquai, donc, qui ne perçoit pas une once de crosse dans ma gestuelle.

À tel point qu'elle me laissa son numéro.

Donc voilà. Avant-hier soir, on s'était donné rendez-vous au Creshent Street Pub, sur la rue du même nom. Décidément, elle est très, très cool. Drôle, intelligente, allumée, avec un peu de caractère mais pas trop - je déteste les filles qui pourraient me casser la gueule, tsé... - à tel point qu'on passa notre date à boire avec modération, tout en discutant de sujets forts intéressants.

Fin de la mise en situation.

Maintenant, compte-rendu de la dernière discussion que nous avons eue, juste avant que je me lève pour ne plus jamais la revoir:

ELLE
J'ai de la difficulté à croire que t'as vraiment vingt-cinq ans!

MOI
Je sais. Ce sont les quelques cheveux en moins. Mais paraîtrait que ça a son charme (sourire espiègle).

ELLE
Non... c'est autre chose.

MOI
Je t'aurais dit mon ventre à une certaine époque, mais franchement, je suis pas mal en forme depuis un an. RRRrrrr.

ELLE
Ça n'a rien à voir avec ton physique. C'est plutôt dans ce que tu dégages.

MOI
Ben là... je suis un peu fatigué.

ELLE
Fatigué de quoi?

MOI
Hein?!?! Euh... de rien... je veux dire... je suis fatigué physiquement... nouvel emploi, fin de rhume, manque de sommeil...

ELLE
C'est drôle. T'as dis "fatigué" comme on dit "tanné". Confusion. Je m'excuse.

MOI
Ben là, je sais pas, j'ai pas vraiment remarqué.

ELLE
Ok... j'te pose la question.

MOI
Quelle question?

ELLE
T'es tanné?

MOI
Tanné de quoi?

ELLE
De tout?

MOI
Je sais pas. Tu veux pas une autre bière?

ELLE
Tu veux pas répondre?

MOI
Si tu veux, mais c'est vague, ton truc.

ELLE
Ok... T'es célibataire depuis plus d'un an, c'est ça?

MOI
Ouais.

ELLE
Pourquoi?

MOI
Ben là... je sais pas. Les filles ne m'intéressent pas. Pas que je sois gay, quoi que parfois je regrette de ne pas l'être. Mais bon, je vois des filles tout le temps et elles se ressemblent toutes. Alors je reste seul. C'est pas toujours drôle, mais ça a son lot d'avantages.

ELLE
Les filles se ressemblent toutes? Issshhh... ça sonne blasé. C'est ça qui te vieillit, je crois.

MOI
Très flatteur.

ELLE
Désolée, mais n'empêche, tu sonnes comme un babyboomer veuf. Les femmes ne sont pas toutes pareilles.

MOI
Bon, peut-être. Mais ce que je déteste chez les femmes, ce sont des trucs que l'on retrouve chez pratiquement chacune d'entre elles.

ELLE
Donc, t'es misogyne?

MOI
Non! Au contraire.

ELLE
Je ne te suis absolument pas.

MOI
Oublie ça. Trop compliqué à expliquer.

ELLE
T'es nul. Essaie donc. Qu'est-ce qui te fais chier chez les femmes? Un truc. Seulement un.

MOI
Je sais pas, moi... la déception.

ELLE
La déception?

MOI
Ouais. Le regard d'une femme déçue. Les femmes sont toujours déçue. On dirait qu'elles ont toujours un hostie d'moule préfait et qu'elles sont à la recherche du gars qui va rentrer dedans. Mais ce gars-là, évidemment, n'existe pas. Sauf que lorsqu'elles fréquentent quelqu'un, c'est qu'elles sont persuadées qu'elles l'ont trouvé, tsé? Et après un certain temps, elles sont déçues.

ELLE
C'est normal. C'est toujours comme ça, au début.

MOI
Ben pas pour moi. J'ai pas d'moule, moi, je sais pas qu'est-ce que je veux ni même qu'est-ce que j'veux pas, crisse. Chaque fois, c'est du cas par cas. Me plaît-elle ou non. That's it. Je n'ai jamais de déception parce que je ne suis pas assez con pour me faire des attentes. À la quantité de filles que j'ai vu dans ma vie, y'aura au moins une chose que j'aurai apprise de philosophique: TOUT LE MONDE a l'air plus parfait qu'il ne l'est, ou plus salaud qu'il ne l'est. Nous sommes tous gris, jamais complètement noir ou blanc. Et j'ai appris à aimer ça. Donc je ne suis jamais déçu.

ELLE
Alors comment t'explique que tu sois encore seul, monsieur j'ai-vu-ô-combien-de-filles-et-je-suis-cool ?

MOI
Ben... outre celles qui ne me plaisaient pas, c'est cette maudite déception qui me fait lever les pattes à chaque fois. Tu sais, ce moment où vous découvrez qu'on pète, qu'on chie, qu'on dit de vilaines choses, qu'on a des valeurs qui ne sont pas à la bonne place? Ce moment où vous vous rendez compte que quand on se rase pas et qu'on ne met pas une p'tite crisse de chemise propre, on est pas mal moins beau? Eh bien moi, quand je vois la p'tite déception, la p'tite balloune qui déssouffle, j'ai envie d'une chose: vous larguer sauvagement, et crisser mon camp.

ELLE
T'est vraiment un sans-couilles, Luc. Tu pourrais simplement les rassurer, les calmer. Nous sommes beaucoup plus émotives, c'est tout. On déprime facilement, mais on revient beaucoup plus vite sur le droit chemin, aussi. Plus que les hommes, d'ailleurs. T'as jamais eu envie d'en reconquérir une seule?

MOI
Non.

ELLE
Pourquoi?

MOI
Parce que les yeux déçus, ça me tue.

ELLE
Ben voyons... À quoi tu penses, quand tu vois ces yeux-là?

MOI
À maman qui me regardait, trente seconde avant qu'elle ne meurt.

12 plaintes:

RAINETTE a dit…

J'suis certaine que t'as mal vu dans les yeux de ta maman, j'te jure, aucune maman ne ferait ça à son bébé. J'te jure....elle serait fière de toi aujourd'hui, ça aussi j'suis sûre.


(c'était Jenny Rock la fille ?)

Chiquita Banana a dit…

Elle est restée vraiment aussi longtemps???

Je suis impressionnée! :D

the other one a dit…

je suis sur le meme beat que Rainette, a la toute fin,, ca a du etre autre chose,

Travailleuse sociale a dit…

Vraiment bon ton texte.

Evyzamora a dit…

Ça a ben du bon sens ce que tu dis...... Ça peut être autant vécu par une fille qu'un gars, sauf que la ballounne ne dessouffle pas au même moment et pour les mêmes raisons........ (mon copain qui se rend compte que sa sexy chiks ne baisera pas toujours 3 fois par jours....ça lui a vraiment rendu un p'tit air de déception dans les yeux...!!)
La déception de ta mère venait peut-être plus du fait de la déception de sa propre existance que du visage qu'elle regardait en y pensant...

Tattoo a dit…

Selon Baudelaire, "«Les illusions sont aussi innombrables peut-être que les rapports des hommes entre eux, ou des hommes avec les choses. Et quand l'illusion disparaît, c'est-à-dire quand nous voyons l'être ou le fait tel qu'il existe en dehors de nous, nous éprouvons un bizarre sentiment, compliqué moitié de regret pour le fantôme disparu, moitié de surprise agréable devant la nouveauté, devant le fait réel." Je pensais ça en lisant ton texte, excellent, d'ailleurs.

Et quelle fin! Vlan, dans les dents! Je suis désolé pour les petites mamans qui croient que l'amour maternel est inné, inconditionnel et universel, malheureusement, c'est pas le cas; pour peu qu'on s'ouvre les yeux, on le voit. La MAMAN, un des derniers personnages héroïques, mythique maman d'amour, dernier bastion des bons sentiments: on touche pas à ça. Une mère pourrait pas être déçue par ses enfants? Voyons donc! Quossé ça cette pensée unidimensionnelle-là?

volage a dit…

Il y différentes façons de voir ça, un autre côté à la médaille. Il est vrai que dans le parcours de la vie de couple tout le monde a son lot de p'tites déceptions. Personnellement je pense que c'est sain d'être capable de divulguer que l'on est déçue, ça m'ontre une ouverture vers l'autre. Je pense que c'est beaucoup plus problématique quand on n'arrive pas à décevoir les gens et à prendre le tout à la légère. Répondre à des attendres ça fou la chienne à tout le monde... reste à savoir si toi, t'es capable de gérer le fait que tu n'y arrivera pas tout le temps. Les petites déceptions sont passagères mais le poid de toujours vouloir être parfait au yeux de l'autre, lui, il envenime constamment... et criss que c'est lourd à porter!

Juliette a dit…

25 ans... et je te comprends. J'ai eu une aventure avec un jeune homme de 14 ans mon cadet. Il a 30 ans aujourd'hui, mais à l'époque il en avait 28... 25_28 la différence n'est pas énorme.

Il me disait jeune homme, parce que j'essayais de comprendre ce qui pouvais l'attirer chez moi, il disait jeune homme qu'il n'y a rien de pire qu'une fille de 25 ans. Elles sont hyper pénibles. J'ai eu du mal à comprendre, puis je me suis mise à regarder autour de moi et effectivement, j'ai compris ce qu'il voulait me dire. Rares sont celles qui sortent de la masse.

Mais pour ce qui est de la déception... ça ne serait pas une forme de transfert que tu fais. En fait, je pense que c'est toi qui est déçu. Une hypothèse. Je ne connais rien de toi.

Mais j'adore te lire. Étonnament, tu me fais garder espoir pour la gente masculine

Une femme libre a dit…

Percutant ce texte avec sa finale coup de massue.

Je suis comme Tattoo. Je ne crois pas que ce soit automatique pour une mère d'aimer son enfant. Avec toute la souffrance qui s'ensuit. Mais de ça aussi on peut s'en sortir.

Cannelle a dit…

Ben d'accord avec Tattoo, une mère, c'est comme un homme, c'est un être humain. Ça chie, ça pète, ça viole ses enfants parfois. C'est de même.

Mais là mon beau Luc va falloir que t'en reviennes des yeux de ta mère.

Faut que tu fasses un homme de toi. Tu ne veux pas rester un p'tit gars devant sa maman toute ta vie n'est-ce pas?

;)

RAINETTE a dit…

Bin oui il y a des mères dénaturées ! Moi j'voulais juste encourager Ti-Luc ! :)

Encore elle.. a dit…

On aurait pu ce croiser! Et pourquoi tu dis que tu ne la reverra plus? Elle ta fait les yeux déçu ?

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