Au tout début, je trouvais ça simplement ridicule. Presque attendrissant, mais définitivement ridicule.
Me faire draguer par Mania, la petite soeur de mon coloc Éric? Allons donc. Elle n'a quand même que seize ans. Ne charrions pas.
Nous étions sur le point de sortir prendre quelques verres au café Romolo, dans le Mile End, près de chez moi, avec quelques amis. Quand tout à coup, y'a la voix embarrassée d'Éric, de sa chambre, qui fait:
-Euh... c'est-tu légal d'emmener une mineure dans un bar?
-Euh... à quel âge t'as commencé à sortir dans les bars, maudit clown?
-Sibouère, choque-toi pas...
-Ben sois pas cave, c'est toute.
Bon. J'y suis allé un peu fort. Mais parfois, la bêtise des gens me met d'humeur fort désagréable, même si elle est ponctuelle.
Reste qu'au bout de quelques heures, nous étions sept autour d'une table à discuter activement de sujets quelconques. Quel quartier génial. Je ne sais trop pourquoi, mais personne ne parle jamais de leur job ou de leur fin de semaine, vous savez, ces maudits sujets plates à mort domt tout le monde parle tout le temps? Ceux qui M'EMMERDENT au plus haut point?Parler d'une série télé, de la grippe H1N1, de vieilles inside jokes... Ces sujets qui me donnent envie de scalper mes interlocuteurs, pour une raison inconnue, on ne les aborde jamais, dans le Mile End. On parlait donc de politique, de sexe, de religion, du (pas de) plan d'urbanisme de la ville de Montréal, de musique, des créations de mes amis qui sont tous en art sauf moi.
Mais Mania, du haut de ses seize ans, elle n'en avait rien à cirer de tout ça.
Elle n'y connaissait rien de toute façon. Alors que fait-elle, la petite Mania, haute comme trois pommes, le visage tout rond? Que fait-elle avec ses petits yeux de gamine tout bleus?
Elle me regarde.
Après un certain temps, je ne trouvais plus cela attendrissant. En fait, je trouvais ça seulement ridicule.
Mais bon. Les heures passent, les verres se vident, on s'attend à ce que ça passe, tsé? La pauv' p'tite fille, elle va bien se rendre compte qu'elle ne fait pas le poids dans un monde d'adulte, allons donc! Et à seize ans, on le sait tous, les filles sont amoureuses, elles ne veulent pas se faire prendre comme des sauvages. Vraiment, elle était très, très mal tombée.
Mais finalement non, ça ne passait pas. À deux heures du matin, elle flattait mon tibia avec ses orteils, elle riait trop fort lorsque je faisais des blagues, elle frôlait ma main avec sa main, vous savez, ces trucs pas subtiles pour deux cennes que seule une fille qui aurait absolument le goût de baiser ferait?
Vraiment, je ne trouvais plus ça ridicule. Je trouvais ça agaçant. Il y avait une certaine forme de colère qui montait en moi. J'avais envie de la traiter de naïve. De lui dire d'arrêter de faire comme à la télé. Et, surtout, de vivre ses seize ans comme du monde. Si ça se trouve, elle a peut-être perdu sa virginité la semaine dernière, for Christ sake.
À la fermeture, je me levai pour aller pisser. Je n'étais pas vraiment saoul. Quatre bières bien espacées. Mais bon, qui est-ce que je vois qui me suit en titubant?
Mania, bien sûr.
-Sti que c'est drôle! Je suis tellement saoule!
-Moi aussi, quand j'avais ton âge et que je buvais deux bières, j'arrêtais pas de crier "hostie que j'suis saoul" parce que j'me trouvais cool de boire. Mais j'ai plus seize ans. Et je sais que t'es pas saoule. Alors arrête de m'agacer.
Elle se raidit et se tut à la seconde. Comme par magie, elle n'était plus saoule.
-Pourquoi tu me parles comme ça? me demanda-t-elle.
-Parce que tu joues à un jeu vraiment agaçant.
-Hein? Rapport...
-Tu sais de quoi j'parles. Tu me dragues. Tu me flattes la jambe avec tes orteilles! Et là, tu as volontairement décidé de me suivre jusqu'aux toilettes.
-Ben... oui. T'as raison.
-Pourquoi, Mania?
-Parce que... ben... parce que t'es... beau.
-Ok! Tu flattes la jambe de tous les gars que tu trouves beau?
-Non...
-Et là, tu me suis jusqu'aux toilettes! Tu t'attends à quoi, Mania?
-Je sais pas... je sais pas vraiment... j'avais envie de te suivre et euh... je...
-Je vais te dire une chose, ma grande. Quand on a vingt-cinq ans et qu'une fille qui nous dit pas un mot de la soirée nous flatte la jambe depuis des heures et nous suit aux toilettes, c'est pour une chose: SE FAIRE BAISER SOLIDE, BIG TIME! Alors tu vas retourner dans ton carré de sable jouer avec des gens de ton âge, ok?
-Qu'est-ce qui te dit que c'est pas ça que je veux, hein?
Elle me faisait des yeux de femme déterminée. Elle n'était pas crédible du tout. Il s'agissait du cas typique d'une jeune fille de seize ans qui était amoureuse, pour d'obscures raisons juvéniles, de l'ami de son grand frère. Et qui ne veut pas avoir l'air jeune.
-Écoute-moi bien, Mania. Je te le dis une dernière fois: retourne à la table et attends simplement que ça passe. Je ne te veux pas de mal. Mais si tu restes ici, je vais te prendre toute la nuit, je ne te laisserai pas dormir, je vais assouvir mes plus bas instincts et ça a peut-être l'air super attisant dans les films, mais quand tu a seize ans, ce ne l'est pas du tout. Je vais me servir de toi, Mania. Je vais utiliser ton corps à mes fins personnelles. Car voilà, je ne suis pas un pieux chevalier qui prend soin des princesses. Je suis un salaud. C'est clair que je ne prendrai pas le temps de faire ton éducation sexuelle. Alors retourne à la table.
-...non.
Elle saisit ma main et la posa sur son sein. Il était, évidemment, dur comme de la pierre. J'embrassai sa fine bouche et dès lors, d'intenses pulsions sexuelles me gagnant, ma verge raidit à la seconde, au point d'en avoir mal.
***
Je l'ai prise dans la ruelle derrière le bar.
Dans l'autre ruelle derrière chez moi.
Dans la salle de bain.
Sur mon bureau dans ma chambre.
Debout contre mon mur.
En levrette sur le plancher.
Tac-tac-tac-tac...
À plat ventre sur le tapis plein de poussière.
Boum-boum-boum...
Elle m'a sucé plusieurs fois.
Je lui ai mis mes doigts partout.
Ma langue aussi.
J'ai éjaculé en elle.
Dans son visage.
Sur son ventre
Sur ses fesses.
Et tout ça, jusqu'à ce que le soleil soit bel et bien levé.
On a dormi trois heures, puis le lendemain, je l'ai remercié pour la nuit avant de la mettre très poliment à la porte puisque je devais me rendre au vidéo porno pour un autre jour de travail. Elle semblait extrêmement gênée. Elle ne parlait pas, ne semblait trop savoir comment réagir.
-... t'as Facebook? demanda-t-elle timidement.
-Non. Seulement le e-mail et le téléphone.
-Oh...
Je ne lui donnai point mon adresse. Elle semblait déçue. Dans son regard, un coeur brisé: celui d'une gamine qui ne s'attendait pas du tout à ça, malgré mes avertissements. Lorsque je la mise à la porte, elle me demanda finalement mon numéro, et je lui répondis bêtement que c'était le même que celui de son frère.
Éric vint me voir un peu plus tard et m'avoua qu'il ne trippait pas trop d'entendre son ami et sa soeur baiser comme des sauvages.
-En fait, même si j't'aime bien, Luc, j'te recommanderais à aucune femme romantique et/ou fragile émotivement.
-C'est elle qui a insisté. En plus, je l'ai prévenue. Je lui ai dit qu'elle s'arrangeait pour avoir du gros sexe sale, mais la pauvre, elle a voulu jouer aux grandes filles. C'est sa faute, pas la mienne.
-Tu l'as ménagée, un peu?
-Au contraire. Je l'ai prise comme une bête.
-T'es vraiment un imbécile.
-Écoute, Éric... je l'ai prévenue. Je lui ai offert de ne pas faire ça. Tu te ménages, toi, quand tu baises? Fuck, si y'a ben un seul endroit au monde où je me laisse aller, c'est bien dans mon lit, tabarnac...
On a débattu pendant une heure. Et pendant tout ce temps, je ne lui ai jamais avoué que j'avais surtout envie de détruire quelque chose de beau. Pour rien. Enfin, je crois.