vendredi 27 novembre 2009

À brûle-pourpoint

C'est comme ça, l'insomnie.

Ça commence par l'envie de regarder un film, puis un second, puis un troisième que tu ne finis pas.

Pour aller dormir?

Mais non, évidemment. Tu ne le finis pas parce que tes yeux te font mal, parce que ton ventre émet de drôles de sons, parce que tu ne peux plus te concentrer sur le maudit écran du téléviseur, MAIS... tu ne dors pas. Oh non. Il a beau être quatre heures du matin, tu ne dors toujours pas.

Puis, ce sont les tours et les retours sur le matelas. Tu tournes jusqu'au désespoir, jusqu'à ce que tu t'enfonces de plus en plus loin dans tout ce que tu refoules; tu tournes comme un vieux crisse de gramophone qui tourne toujours les mêmes hosties d'vieux disques plates, pis une fois que c'est faite, tu les refais jouer, encore. Et par la suite, ce sont les souvenirs. Les mauvais, tout le temps. Le gars que t'as vu mourir au Square Berri et que t'as pas aidé parce que t'avais la chienne. La shot que t'as crissé un gun dans l'front du gars du dépanneur pour payer tes études. La fois où t'as pas été capable de changer la couche de ta mère parce que tu ne reconnaissais plus son corps rongé par le cancer. Le gars qui t'as cassé la gueule devant tout l'monde en cinquième secondaire avec la rage aux yeux.

C'est comme ça, une nuit d'insomnie.

La seconde nuit sans dormir, par contre, tu reprends là où t'as laissé la veille. Tu recycles tous tes mauvais souvenirs et tu y apposent des question. Le gars que j'ai laissé mourir à Berri... est-ce parce que je suis un sans-coeur? Et le type qui m'a cassé la gueule au secondaire, avait-il raison, au fond? Ça devient pénible, ça fait mal dans la poitrine, aux tempes, et ça suinte dans ton échine comme si la défaite pouvait se liquéfier.

Mais voilà, ce soir, ça fait trois nuits en ligne que je ne dors pas. Et là, ça va encore plus loin que les grandes questions. Trois nuits sans sommeil, c'est le moment des constatations. Alors en voilà une, déjà, en partant: je suis incapable d'aimer. En voilà une deuxième: ça va toujours en s'empirant. Et pourquoi pas une troisième: je n'ai aucune idée d'où ça vient, ni vers où ça s'en va. J'ai envie de faire mal, j'ai envie de piétiner de belles choses, j'ai envie de faire payer tous ceux qui croient qu'il y a une once d'amour en moi, fuck, je n'ai plus rien à donner, ne commençons pas à me trouver une dimension humaine, s'il vous plaît. Y'a des gens qui débordent d'amour, qui écrivent de belles histoires romantiques même s'ils sont en couple parce qu'ils auraient assez d'amour en eux pour aimer trente fois passionnément en même temps. Eh bien moi, je ne fais pas parti de ces gens là. Elle n'est pas levée, celle qui me donnera envie d'aimer à nouveau. Celle qui regardera le soleil se lever avec moi la prochaine fois que j'dormirai pas. Oh non. Elle est même pas née. Si ça se trouve, j'creverai avant que quelqu'un l'accouche.

mercredi 25 novembre 2009

La grande parade

Un gars rentre dans la section porno du club-vidéo. C'est encore moi à la caisse.

Il fait un pas. Un seul. Me regarde, regarde autour de lui. Les portent battantes sont toujours en mouvement. On aurait dit un cowboy qui entre dans un saloon.

Il s'approche de moi. Me fait un sourire. Puis, de son index, il me fait un signe voulant dire "bouge pas, un p'tit instant".

Il disparaît quelque part entre deux rangées. Le gars doit avoir mon âge, début trentaine au pire. L'air ordinaire. Cheveux bruns, yeux bruns.

Puis, il revient avec une copie des "Fakirs du désir"en dvd qu'il claque contre le comptoir.

"Vingtième minute, dans l'fond du palais à droite. Le Sultan qui se fait sucer par trois rousses: c'est moé."

Pis y crisse son camp.

What the fuck?!?!

Consterné, je n'ai pu m'empêcher de faire jouer le film sur le lecteur. Et à mon grand étonnement, ça ne faisait aucun doute: il s'agissait bel et bien du type que j'avais croisé.

Mais ma consternation fut d'autant plus grande lorsqu'un énorme Haïtien, baraqué comme un jouer de football, entra à son tour dans la section porno. Même chose: les porte battaient comme derrière Billy le Kid, il fit mine de regarder un peu autour de lui, me pointa du doigt et disparut entre deux rangés, l'espace d'une petite minute. Il revint avec une copie de Chokofuck me in the ass, un film de cul avec des noires. Il claqua la copie DVD contre le comptoir et y apposa judicieusement son permis de conduire, de sorte que je remarquai que son nom correspondait au nom du réalisateur du film.

"That's right, bitch nigga'. That's my shit. It's because of me that some people like yourself can work. Remember, next time you'll see me, that you owe me some respect."

Et il quitta à son tour sans louer de film!

LÂCHEZ MOI!!!!

Je veux mourir.

Puis, même manège: une grosse femme, maquillée comme une salope, avec un décoleté plongeant, fit une entrée tonitruante. Grosse comme une moissonneuse-batteuse, elle traça vers moi avec assurance, alors je me permis de lui balancer:

"Bon, c'est quoi, là? Tu vas m'dire que t'as joué dans Fat Sluts #24 pis que t'es la fille qui faisait des crosse-boule avec ses bourrelets, tabarnac?"

Et elle me rétorqua:

"Non. Je travaille pour la Régie du Cinéma et j'ai observé plusieurs irrégularités dans votre commerce. Est-ce que je peux parler à votre supérieur?"

Oups.

mercredi 18 novembre 2009

L'autre gauche

Je venais tout juste de m'entretenir avec ma nouvelle gérante, qui croit que je suis un dieu du cinéma. En fait, je voulais savoir pour combien de temps encore comptait-elle me faire travailler du côté porno du club-vidéo.

-Je ne sais pas... j'essaie de te faire de la place, mais pour ça, je dois congédier quelqu'un et ça ne se fait pas en une seule journée...


-Je comprends. Mais il faut être patient.

Patient mon cul. Si je suis patient, si je ne dis rien, je vais finir mes jours du côté cul, c'était certain. Mais bon. Je tentai de contenir ma colère et retournai au milieu des pénis de huit mètres et des gros totons (je parle aussi des clients).

Rien à faire pendant des heures, comme d'habitude. Je m'amusai donc à trouver des titres de films qui sonnaient drôle. C'est ainsi que le film gay Cock Tale (cocktail!!!) devança de peu SHE told me suck my dick, un classique de la collection transexuelle.

Le temps peut parfois être très long. Car ça ne me disait pas de discuter avec les clients de leurs goûts en matière de film, pour les raisons qu'on connaît... Anyway. J'entendais des enfants qui gueulaient de l'autre côté. Ils courraient partout dans le club-vidéo et hurlaient comme ces jeunes cégépiennes qui quittent la Beauce pour la première fois, à l'exception près qu'ils ne montraient probablement pas leurs seins aux inconnus, du moins, je l'espère. Ils hurlaient "on veut Pocahontas!!!!" ou "j'veux voir des films avec des oursons!!!". P'tits verrats. Parfois, on entendait la mère qui disait "Steven! Ramasse ça tout de suite!" ou encore "Mylène, je t'ai dit d'arrêter de courir!".

Tout pour me confirmer à quel point je ne veux pas d'enfants.

Une voix de fillette demanda: "Où il est papa?". Et une femme lui répondit: "Va au fond et tourne à gauche."

Puis, la même voix hurla:

"L'AUTRE GAAAAAAAAUUUUUUUUCHE!!!!"

Une petite fillette d'environ cinq ans arriva soudainement dans la section porno. De petites bouclettes blondes, des rubans verts lime dans les cheveux. Elle fit de grands yeux ronds en voyant les milliers de pochettes qui se dressaient tout autour d'elle, sur lesquelles il y avait aussi des femmes avec des bouclettes blondes et des rubans verts dans les cheveux, mais elles avaient aussi d'énormes phallus plein de veines dans la bouche...

Elle semblait être sur le bord de s'évanouir. Avec raison, tout de même. Puis, elle se retourna vers le téléviseur, sur lequel Les Chiennes laitières, de la collection Marcel Dorcel, jouait en boucle. Il s'agissait d'une scène où une femme avec des seins gargantuesque de faisait prendre violemment en doggystyle par un gros barbu plein d'bave. La fille hurlaient si fort qu'on aurait dit, encore une fois, une jeune cégépienne de Beauce qui débarque pour la première fois sur la rue Saint-Denis pour y découvrir d'autres hommes que ses cousins.

C'est alors qu'elle se retourna vers moi.

-Qu'est-ce qu'ils font, ces deux-là? me demanda-t-elle d'une voix tremblante.

-Euh... ils... euh... ils font... des enfants.

Ouch. Ça partait mal.

-J'pensais que c'était la cigogne qui apportait les enfants, fit-elle avec un trémolo.

-Ben, euh... pas tout l'temps.

-Maman m'a dit que c'est une cigogne qui m'a amené à la maison.

-Ouin... euh... j'imagine que c'est parce qu'ils t'ont adopté.

Mauvaise réponse. Elle se mit à pleurer super fort. Vraiment, rien à faire j'ai pas l'tour avec les enfants.

Je me suis excusé et j'ai eu le réflexe de lui proposer la friandise qu'elle voulait, en lui pointant, au comptoir, les barres de chocolat. "Prend celle que tu veux, okay????"

Le problème, c'est que je pointais plutôt le mur derrière ledit comptoir, et qu'il y avait à peu près cinquante dildos multicolores d'accrochés. Elle se mit donc à pleurer encore plus fort.

Je la pris donc dans mes bras et lui tendit une barre de chocolat. C'est alors que sa maman entra dans la section porno et vit un inconnu qui tenait sa fille proche d'une cinquantaine de dildo en lui tendant une Kit Kat. Le problème, c'est que l'inconnu, c'était moi.

"Qu'est-ce que tu penses que tu fais, mon p'tit tabarnac?!?"

Elle portait un tailleur gris, un faux bronzage, et son petit nez retroussé combiné avec ses grosses joues lui donnait l'air d'un lemming ou d'un autre rongeur quelconque.

"Je t'ai posé une question."

Bon. J'en conviens, c'était peut-être pas le top de trouver sa fille dans ces conditions. Mais de là à me parler comme si j'étais une merde...

"Je... je montrais à votre fille qu'est-ce que c'était, un vibrateur. Parce que si elle devient aussi laide que vous en grandissant, je crois qu'elle va en avoir besoin."

***

Heureusement, ma patronne a l'air aussi vache que moi. Elle a enregistré la plainte de la femme et l'a déchirée aussitôt qu'elle a quitté l'établissement. Et lorsque je lui ai raconté ma version des faits, elle m'a seulement demandé de faire attention à l'avenir pour ne pas exploser trop facilement, en réprimant difficilement un petit sourire. C'est idiot, car même si d'ordinaire je la trouve pas très jolie, elle m'a semblé mignonne, l'espace d'un instant, quand elle a pincé ce sourire. Alors je lui ai tendu une grosse bite fluo en lui demandant:"Tu veux-tu une Kit Kat" et elle a rit une bonne demi-heure sans s'arrêter.

dimanche 15 novembre 2009

Détruire quelque chose de beau

Au tout début, je trouvais ça simplement ridicule. Presque attendrissant, mais définitivement ridicule.

Me faire draguer par Mania, la petite soeur de mon coloc Éric? Allons donc. Elle n'a quand même que seize ans. Ne charrions pas.

Nous étions sur le point de sortir prendre quelques verres au café Romolo, dans le Mile End, près de chez moi, avec quelques amis. Quand tout à coup, y'a la voix embarrassée d'Éric, de sa chambre, qui fait:

-Euh... c'est-tu légal d'emmener une mineure dans un bar?

-Euh... à quel âge t'as commencé à sortir dans les bars, maudit clown?

-Sibouère, choque-toi pas...

-Ben sois pas cave, c'est toute.

Bon. J'y suis allé un peu fort. Mais parfois, la bêtise des gens me met d'humeur fort désagréable, même si elle est ponctuelle.

Reste qu'au bout de quelques heures, nous étions sept autour d'une table à discuter activement de sujets quelconques. Quel quartier génial. Je ne sais trop pourquoi, mais personne ne parle jamais de leur job ou de leur fin de semaine, vous savez, ces maudits sujets plates à mort domt tout le monde parle tout le temps? Ceux qui M'EMMERDENT au plus haut point?Parler d'une série télé, de la grippe H1N1, de vieilles inside jokes... Ces sujets qui me donnent envie de scalper mes interlocuteurs, pour une raison inconnue, on ne les aborde jamais, dans le Mile End. On parlait donc de politique, de sexe, de religion, du (pas de) plan d'urbanisme de la ville de Montréal, de musique, des créations de mes amis qui sont tous en art sauf moi.

Mais Mania, du haut de ses seize ans, elle n'en avait rien à cirer de tout ça.

Elle n'y connaissait rien de toute façon. Alors que fait-elle, la petite Mania, haute comme trois pommes, le visage tout rond? Que fait-elle avec ses petits yeux de gamine tout bleus?

Elle me regarde.

Après un certain temps, je ne trouvais plus cela attendrissant. En fait, je trouvais ça seulement ridicule.

Mais bon. Les heures passent, les verres se vident, on s'attend à ce que ça passe, tsé? La pauv' p'tite fille, elle va bien se rendre compte qu'elle ne fait pas le poids dans un monde d'adulte, allons donc! Et à seize ans, on le sait tous, les filles sont amoureuses, elles ne veulent pas se faire prendre comme des sauvages. Vraiment, elle était très, très mal tombée.

Mais finalement non, ça ne passait pas. À deux heures du matin, elle flattait mon tibia avec ses orteils, elle riait trop fort lorsque je faisais des blagues, elle frôlait ma main avec sa main, vous savez, ces trucs pas subtiles pour deux cennes que seule une fille qui aurait absolument le goût de baiser ferait?

Vraiment, je ne trouvais plus ça ridicule. Je trouvais ça agaçant. Il y avait une certaine forme de colère qui montait en moi. J'avais envie de la traiter de naïve. De lui dire d'arrêter de faire comme à la télé. Et, surtout, de vivre ses seize ans comme du monde. Si ça se trouve, elle a peut-être perdu sa virginité la semaine dernière, for Christ sake.

À la fermeture, je me levai pour aller pisser. Je n'étais pas vraiment saoul. Quatre bières bien espacées. Mais bon, qui est-ce que je vois qui me suit en titubant?

Mania, bien sûr.

-Sti que c'est drôle! Je suis tellement saoule!

-Moi aussi, quand j'avais ton âge et que je buvais deux bières, j'arrêtais pas de crier "hostie que j'suis saoul" parce que j'me trouvais cool de boire. Mais j'ai plus seize ans. Et je sais que t'es pas saoule. Alors arrête de m'agacer.

Elle se raidit et se tut à la seconde. Comme par magie, elle n'était plus saoule.

-Pourquoi tu me parles comme ça? me demanda-t-elle.

-Parce que tu joues à un jeu vraiment agaçant.

-Hein? Rapport...

-Tu sais de quoi j'parles. Tu me dragues. Tu me flattes la jambe avec tes orteilles! Et là, tu as volontairement décidé de me suivre jusqu'aux toilettes.

-Ben... oui. T'as raison.

-Pourquoi, Mania?

-Parce que... ben... parce que t'es... beau.

-Ok! Tu flattes la jambe de tous les gars que tu trouves beau?

-Non...

-Et là, tu me suis jusqu'aux toilettes! Tu t'attends à quoi, Mania?

-Je sais pas... je sais pas vraiment... j'avais envie de te suivre et euh... je...

-Je vais te dire une chose, ma grande. Quand on a vingt-cinq ans et qu'une fille qui nous dit pas un mot de la soirée nous flatte la jambe depuis des heures et nous suit aux toilettes, c'est pour une chose: SE FAIRE BAISER SOLIDE, BIG TIME! Alors tu vas retourner dans ton carré de sable jouer avec des gens de ton âge, ok?

-Qu'est-ce qui te dit que c'est pas ça que je veux, hein?

Elle me faisait des yeux de femme déterminée. Elle n'était pas crédible du tout. Il s'agissait du cas typique d'une jeune fille de seize ans qui était amoureuse, pour d'obscures raisons juvéniles, de l'ami de son grand frère. Et qui ne veut pas avoir l'air jeune.

-Écoute-moi bien, Mania. Je te le dis une dernière fois: retourne à la table et attends simplement que ça passe. Je ne te veux pas de mal. Mais si tu restes ici, je vais te prendre toute la nuit, je ne te laisserai pas dormir, je vais assouvir mes plus bas instincts et ça a peut-être l'air super attisant dans les films, mais quand tu a seize ans, ce ne l'est pas du tout. Je vais me servir de toi, Mania. Je vais utiliser ton corps à mes fins personnelles. Car voilà, je ne suis pas un pieux chevalier qui prend soin des princesses. Je suis un salaud. C'est clair que je ne prendrai pas le temps de faire ton éducation sexuelle. Alors retourne à la table.

-...non.

Elle saisit ma main et la posa sur son sein. Il était, évidemment, dur comme de la pierre. J'embrassai sa fine bouche et dès lors, d'intenses pulsions sexuelles me gagnant, ma verge raidit à la seconde, au point d'en avoir mal.

***

Je l'ai prise dans la ruelle derrière le bar.

Dans l'autre ruelle derrière chez moi.

Dans la salle de bain.

Sur mon bureau dans ma chambre.

Debout contre mon mur.

En levrette sur le plancher.

Tac-tac-tac-tac...

À plat ventre sur le tapis plein de poussière.

Boum-boum-boum...

Elle m'a sucé plusieurs fois.

Je lui ai mis mes doigts partout.

Ma langue aussi.

J'ai éjaculé en elle.

Dans son visage.

Sur son ventre

Sur ses fesses.

Et tout ça, jusqu'à ce que le soleil soit bel et bien levé.

On a dormi trois heures, puis le lendemain, je l'ai remercié pour la nuit avant de la mettre très poliment à la porte puisque je devais me rendre au vidéo porno pour un autre jour de travail. Elle semblait extrêmement gênée. Elle ne parlait pas, ne semblait trop savoir comment réagir.

-... t'as Facebook? demanda-t-elle timidement.

-Non. Seulement le e-mail et le téléphone.

-Oh...

Je ne lui donnai point mon adresse. Elle semblait déçue. Dans son regard, un coeur brisé: celui d'une gamine qui ne s'attendait pas du tout à ça, malgré mes avertissements. Lorsque je la mise à la porte, elle me demanda finalement mon numéro, et je lui répondis bêtement que c'était le même que celui de son frère.

Éric vint me voir un peu plus tard et m'avoua qu'il ne trippait pas trop d'entendre son ami et sa soeur baiser comme des sauvages.

-En fait, même si j't'aime bien, Luc, j'te recommanderais à aucune femme romantique et/ou fragile émotivement.

-C'est elle qui a insisté. En plus, je l'ai prévenue. Je lui ai dit qu'elle s'arrangeait pour avoir du gros sexe sale, mais la pauvre, elle a voulu jouer aux grandes filles. C'est sa faute, pas la mienne.

-Tu l'as ménagée, un peu?

-Au contraire. Je l'ai prise comme une bête.

-T'es vraiment un imbécile.

-Écoute, Éric... je l'ai prévenue. Je lui ai offert de ne pas faire ça. Tu te ménages, toi, quand tu baises? Fuck, si y'a ben un seul endroit au monde où je me laisse aller, c'est bien dans mon lit, tabarnac...

On a débattu pendant une heure. Et pendant tout ce temps, je ne lui ai jamais avoué que j'avais surtout envie de détruire quelque chose de beau. Pour rien. Enfin, je crois.

jeudi 12 novembre 2009

André "Creamy" Lacolle

Y'en a un qui va se rappeler de mon nom...



Chaque commerce possède ses "habitués" de la place. Vous savez, ces gens généralement très sympas mais un brin pointilleux, qui connaissent tous les membres du staff et toutes les subtilités de l'entreprise? On les retrouve plus souvent dans les restos et les bars et d'ordinaire, ils sont chouettes. Un peu chiant, mais chouettes.

Ils sont d'autant plus chouettes qu'ils rapportent aux entreprises des revenus stables. Et s'ils ont des amis, ils peuvent même attirer leur lot de nouveaux clients. Alors on les aime, pis si on les aime pas, ben... on apprend à les aimer.

Sauf que moi, maintenant, J'TRAVAILLE DANS UN VIDÉO PORNO.

Alors les habitués, je ne les apprécie pas outre mesure. Ils ne sont pas sympas. Ne fraient pas avec la clientèle. Mais ils sont pointilleux. Et louches. Et malodorants. Pis y'ont du pouel dans l'front pis su'l'nez.

Donc moi, j'veux pas connaître leur noms, tsé? Pis anyway, j'pense pas qu'ils veulent que je le sache, eux non plus.

Mais y'en a un, par contre...

Pas très grand, un peu grassouillet, bien sapé. Il parle souvent au cellulaire avec sa femme et ses fils. Et il parle fort en leur faisant croire qu'il est à l'épicerie. Lorsqu'il raccroche, il me parle tout bas et me pose un tas de questions pointues.

"Ne lui sert jamais la main."

Stéphane, mon nouveau collègue, me lâcha cette réplique à l'intention de ce type, quelques jours plus tôt, lorsqu'il fit mon training.

-Il a toujours les mains collantes. C'est dégueulasse.

-Ça arrive, les gens qui ont les mains moites.

-Tu comprends pas... t'es dans un vidéo porno... avec accessoires...

-Pis?

-Ben...

Il m'expliqua que ce client passe toujours à la même heure, en après-midi, et loue cinq films de cul gays mettant en vedette de jeunes hommes qui ont l'air de chérubins. Pourquoi loue-t-il toujours cinq films? Parce que c'est le maximum qu'un client peut avoir quotidiennement. S'il pouvait en louer vingt, il le ferait fort probablement. Et en plus, à chaque fois, il...

-... achète une bouteille de lubrifiant anal. Mais vraiment, à cha-que fois.

-Coudonc, y'en crisses-tu sur ses toasts? dis-je.

-J'sais pas, mais y'en passe quand même une par jour au complet.

-Shit... il doit péter du jus.

-Et après, lorsqu'il ramène les films, il parle toujours à sa femme et à ses fils au téléphone, l'air joyeux, en visionnant les pochettes, qu'il prend dans ses mains. Et lorsqu'il les repose sur le présentoir, on voit toujours des traces de gras en forme de doigt.

-Eurk. C'est quoi son nom?

-André Lacolle.

Je ne pus me retenir. Je riais super fort. Je me roulais littéralement parterre. LACOLLE! Hostie que c'est drôle!

-Y'as-tu un surnom?

-Ben... oui: "Creamy".

-ANDRÉ "CREAMY" LACOLLE!!!

J'en avais des crampes. Fallait que je sorte. Elle était trop bonne.

André "Creamy" Lacolle. Hilarant. Il devint rapidement mon préféré. Du moins, jusqu'à hier soir, lorsque Stéphane vint me porter un sac, des gants, du désinfectant, des produits nettoyants et un seau d'eau.

-Désolé, Luc.

-Qu'est-ce que c'est, tout ça? demandai-je.

-C'est la partie plate de ta nouvelle job.

-Précisions?

-Faut que tu désinfectes et que tu laves ce qu'il y a dans ce sac.

-Et dis-moi, Stéphane, qu'y a-t-il dans ce merveilleux sac?

-Les cinq dernières locations de Creamy Lacolle, pleine de lubrifiant anal.

-T'es pas sérieux...

Oui, il était sérieux. C'est ainsi que je désinfectai et lavai trois DVD et deux VHS pleine de graisse, de jus d'fesse et de taches de fluides non-identifiables. Et quelle ne fut pas ma surprise lorsque je trouvai, en petite boule, dans le fond d'un boitier VHS... UNE BOULE DE KLEENEXE!

TABARNAK!

Y'en a un qui va se rappeler de mon nom...

***

Creamy Lacolle se repointa comme d'habitude en début d'après-midi. Comme d'ordinaire, il discutait avec sa femme au cellulaire en lui laissant croire qu'il faisait les courses, feignant d'hésiter entre une courge et un concombre.

Je saisis alors son cellulaire de ses mains et le portai à mon oreille.

-Oui! Madame Lacolle? Votre mari n'est pas du tout à l'épicerie. (pause) Non. Il se loue des films de cul comme chaque après-midi. Je le sais, car je travaille ici.

-Hey! Ho! Qu'est-ce que...

-Ta yeule, toé, dis-je à Lacolle.

Je le maintenait à distance de mon bras libre. Il ne m'offrait pas trop d'opposition, car je crois que la honte le paralysait.

-Ben oui, madame, il vient tous les jours au (nom de mon lieu de travail) en après-midi. Il s'en loue cinq d'la shot. Pis figurez-vous donc que din fois, quand il ramène ses films, y sont pas toujours propres propres. (pause) En tout cas, faut j'y aille. Bonne journée.

Je raccrochai, tendit le téléphone à Creamy Lacolle et lui dit tout bas:

"Ça t'apprendra à graisser tes cassettes", dis-je en pointant le tout sur mon comptoir.

Il s'approcha de moi, le menton frondeur, l'air vulgaire. Il m'apparaissait invraisemblable que ce restant d'homme puisse me regarder avec autant de dédain.

-Donne-moi ton nom.

-Luc Pierre.

-J'vais m'rappeler de ton nom.

-J'espère. Parce que j'ai, dans ton dossier, ton numéro de résidence, alors j'peux appeler ta femme pis tes fils n'importe quand pour leur dire que ce que tu loues, en fait, ce sont des films gays avec des garçons de l'âge de tes fils qui jouent dedans. Et qu'en plus, que tu te lubrifie le... en tout cas. Alors ouais, rappelle-toi de mon nom, la prochaine fois que tu me ramène tes films dans cet état-là.

Creamy Lacolle m'a jeté un dernier regard avant de quitter sans lrien louer. J'avais envie de lui faire désinfecter lui-même ses films. Mais bon... j'pense avoir tapé là où ça fait mal. Pis anyway, j'suis pas parti pour garder ma job ben longtemps...

mardi 10 novembre 2009

Un peu de fatigue

Mise en situation.

Je faisais la fête dans un énorme building désaffecté du Mile End, près de Beaubien et Van Horne. Une ancienne usine, au niveau du sous-sol, dont les murs et le plancher étaient fait de béton armé. Et dans ce gigantesque espace, quelque chose comme trois-cent personnes s'étaient massées pour fêter le lancement d'un groupe indépendant, les Flyings truc machin, quelque chose du genre. Un band de ska. J'adoooore le ska. Je danse le ska mieux que Manon.

En fait, je danse le ska comme un déchaîné. Une copine à moi m'a déjà fait le compliment suivant: "Tu danses comme Jamiroquai". Avant d'enchaîner avec: "Ça te donne l'air d'un maudit crosseur."

Fine. Je vis avec.

Alors voilà. Comme chaque fois que je danse comme ça, les filles m'approchent pour danser de manière sexy, puis se rétractent après cinq minutes. Théorie de la même bonne amie: "Les filles sont attirées par les crosseurs, mais rapidement, elles ne leur font plus confiance."

Fine. Ça aussi, je vis avec.

Alors voilà, j'ai flirté avec quatre filles différentes sans jamais qu'il ne se produise quoi que ce soit de concret. Mais j'aime flirter. Alors ça va, je ne suis pas trop frustré. Ça flatte l'égo.

Sauf qu'en quittant le lancement des Flyings kossins, une femme m'a demandé une cigarette. Un beau brin de fille, courte sur pattes mais forte en poitrine, avec de longs cheveux blonds presque blancs et surtout, un sourire d'ange. Une femme sympa, du peu que je lui ai parlé. Et surtout, une femme qui ne m'a pas vu danser comme Jamiroquai, donc, qui ne perçoit pas une once de crosse dans ma gestuelle.

À tel point qu'elle me laissa son numéro.

Donc voilà. Avant-hier soir, on s'était donné rendez-vous au Creshent Street Pub, sur la rue du même nom. Décidément, elle est très, très cool. Drôle, intelligente, allumée, avec un peu de caractère mais pas trop - je déteste les filles qui pourraient me casser la gueule, tsé... - à tel point qu'on passa notre date à boire avec modération, tout en discutant de sujets forts intéressants.

Fin de la mise en situation.

Maintenant, compte-rendu de la dernière discussion que nous avons eue, juste avant que je me lève pour ne plus jamais la revoir:

ELLE
J'ai de la difficulté à croire que t'as vraiment vingt-cinq ans!

MOI
Je sais. Ce sont les quelques cheveux en moins. Mais paraîtrait que ça a son charme (sourire espiègle).

ELLE
Non... c'est autre chose.

MOI
Je t'aurais dit mon ventre à une certaine époque, mais franchement, je suis pas mal en forme depuis un an. RRRrrrr.

ELLE
Ça n'a rien à voir avec ton physique. C'est plutôt dans ce que tu dégages.

MOI
Ben là... je suis un peu fatigué.

ELLE
Fatigué de quoi?

MOI
Hein?!?! Euh... de rien... je veux dire... je suis fatigué physiquement... nouvel emploi, fin de rhume, manque de sommeil...

ELLE
C'est drôle. T'as dis "fatigué" comme on dit "tanné". Confusion. Je m'excuse.

MOI
Ben là, je sais pas, j'ai pas vraiment remarqué.

ELLE
Ok... j'te pose la question.

MOI
Quelle question?

ELLE
T'es tanné?

MOI
Tanné de quoi?

ELLE
De tout?

MOI
Je sais pas. Tu veux pas une autre bière?

ELLE
Tu veux pas répondre?

MOI
Si tu veux, mais c'est vague, ton truc.

ELLE
Ok... T'es célibataire depuis plus d'un an, c'est ça?

MOI
Ouais.

ELLE
Pourquoi?

MOI
Ben là... je sais pas. Les filles ne m'intéressent pas. Pas que je sois gay, quoi que parfois je regrette de ne pas l'être. Mais bon, je vois des filles tout le temps et elles se ressemblent toutes. Alors je reste seul. C'est pas toujours drôle, mais ça a son lot d'avantages.

ELLE
Les filles se ressemblent toutes? Issshhh... ça sonne blasé. C'est ça qui te vieillit, je crois.

MOI
Très flatteur.

ELLE
Désolée, mais n'empêche, tu sonnes comme un babyboomer veuf. Les femmes ne sont pas toutes pareilles.

MOI
Bon, peut-être. Mais ce que je déteste chez les femmes, ce sont des trucs que l'on retrouve chez pratiquement chacune d'entre elles.

ELLE
Donc, t'es misogyne?

MOI
Non! Au contraire.

ELLE
Je ne te suis absolument pas.

MOI
Oublie ça. Trop compliqué à expliquer.

ELLE
T'es nul. Essaie donc. Qu'est-ce qui te fais chier chez les femmes? Un truc. Seulement un.

MOI
Je sais pas, moi... la déception.

ELLE
La déception?

MOI
Ouais. Le regard d'une femme déçue. Les femmes sont toujours déçue. On dirait qu'elles ont toujours un hostie d'moule préfait et qu'elles sont à la recherche du gars qui va rentrer dedans. Mais ce gars-là, évidemment, n'existe pas. Sauf que lorsqu'elles fréquentent quelqu'un, c'est qu'elles sont persuadées qu'elles l'ont trouvé, tsé? Et après un certain temps, elles sont déçues.

ELLE
C'est normal. C'est toujours comme ça, au début.

MOI
Ben pas pour moi. J'ai pas d'moule, moi, je sais pas qu'est-ce que je veux ni même qu'est-ce que j'veux pas, crisse. Chaque fois, c'est du cas par cas. Me plaît-elle ou non. That's it. Je n'ai jamais de déception parce que je ne suis pas assez con pour me faire des attentes. À la quantité de filles que j'ai vu dans ma vie, y'aura au moins une chose que j'aurai apprise de philosophique: TOUT LE MONDE a l'air plus parfait qu'il ne l'est, ou plus salaud qu'il ne l'est. Nous sommes tous gris, jamais complètement noir ou blanc. Et j'ai appris à aimer ça. Donc je ne suis jamais déçu.

ELLE
Alors comment t'explique que tu sois encore seul, monsieur j'ai-vu-ô-combien-de-filles-et-je-suis-cool ?

MOI
Ben... outre celles qui ne me plaisaient pas, c'est cette maudite déception qui me fait lever les pattes à chaque fois. Tu sais, ce moment où vous découvrez qu'on pète, qu'on chie, qu'on dit de vilaines choses, qu'on a des valeurs qui ne sont pas à la bonne place? Ce moment où vous vous rendez compte que quand on se rase pas et qu'on ne met pas une p'tite crisse de chemise propre, on est pas mal moins beau? Eh bien moi, quand je vois la p'tite déception, la p'tite balloune qui déssouffle, j'ai envie d'une chose: vous larguer sauvagement, et crisser mon camp.

ELLE
T'est vraiment un sans-couilles, Luc. Tu pourrais simplement les rassurer, les calmer. Nous sommes beaucoup plus émotives, c'est tout. On déprime facilement, mais on revient beaucoup plus vite sur le droit chemin, aussi. Plus que les hommes, d'ailleurs. T'as jamais eu envie d'en reconquérir une seule?

MOI
Non.

ELLE
Pourquoi?

MOI
Parce que les yeux déçus, ça me tue.

ELLE
Ben voyons... À quoi tu penses, quand tu vois ces yeux-là?

MOI
À maman qui me regardait, trente seconde avant qu'elle ne meurt.

samedi 7 novembre 2009

Problème avec le stéréo

Tu rentres chez toi.

Y'a deux gars saouls qui fument cloppes sur cloppes.

Du gros rock sale dans l'tapis.

On te propose une bière.

"Non merci, j'ai le rhume, j'suis fatigué."

Pis tu t'couches.

***

Tu rentres chez toi, le lendemain.

Y'a les deux mêmes gars saouls qui fument cloppes sur cloppes.

Du gros Led Zeppelin dans l'tapis.

On te propose une bière.

"Non merci, j'ai le rhume, j'suis fatigué, pis j'ai pas trop dormi hier parce que vous écoutiez du gros rock sale pendant toute la nuit pis j'ai respiré votre boucane jusque dans ma chambre."

Pis tu t'couches, encore.

***

Tu rentres chez toi, le surlendemain

Y'a encore les deux hosties d'fuckin' gars saouls qui fument encore cloppes sur cloppes.

Du gros Marilyn Manson dans l'tapis.

On te propose une bière.

"Non merci, j'ai le rhume, j'suis fatigué, pis ça fait deux jours que j'dors pas parce que vous faites juste boire tous seuls toute la maudite nuit en écoutant du rock pis du Led Zep. Allez-donc dans un bar, les gars. Come on."

Pis tu t'couches.

***

Tu rentres chez toi, hostie.

Y'a évidemment deux câlices de faces de rat d'enfant d'chienne du saint-crême, saouls comme Richard Desjardins en concert, qui fument cloppes sur cloppes.

Du gros Primus dans l'tapis.

On te propose une bière.

"Non merci, j'ai le rhume, j'suis fatigué. Pis comme vous arrêtez pas d'boire toute la nuite comme deux hosties d'plaies d'Égypte, y s'adonne que mon rhume part pas. Même qu'y'empire. Pis j'commence à rêver que j'vous éventre avec une fourchette à salade en chantant "Coeur de loup". Pis ça m'fait du bien, c'est ça l'pire."

Pis tu t'couches en beau crisse.

***

Tu rentres chez toi.

Tu prends la chaine stéréo.

Tu la crisse au bout d'tes bras dans la rue devant une p'tite dame toute menue.

Tu te fais traiter d'fou par la p'tite dame pendant qu'tu varges sur le stéréo à coups d'pied.

Tu t'fais traiter d'épais par tes colocs qui menacent de te mettre à la porte.

Pis tu te demandes comment tu vas faire pour rembourser la stéréo.